Le sommeil.

 

La routine rythmait tous mes jours. Lever 6 heures, début des cours 8 heures, repas, retour en cours pour finir à 18 heures et travail à la maison. Les seules choses qui interrompaient cette routine étaient les jours fériés et les week-ends d’une journée et demie. Si je devais dire maintenant ce qui m’a le plus marqué je répondrais « ce que je n’avais pas : le temps ». Pour vous ce doit vous paraître bizarre car le temps est toujours présent, il file sans discontinu. Mais pour moi le temps allait trop vite. A peine le temps de se dire il faut que j’y aille et j’étais déjà en retard. Je rêvais que le temps fasse une pause pour moi et pour toute les personnes dans mon cas qui espéraient faire une chose qu’elles n’avaient jamais eu le temps de faire ,du sport, jouer d’un instrument ou apprendre une langue étrangère, avoir un enfant, ou d’autres trucs de ce genre. Pour certaines personnes j’étais une chanceuse. J’avais une famille aimante, des amis, un copain, de bons résultats en cours. Mais la vérité c’est que ma famille travaillait beaucoup, mes amis pareils et je travaillais trop pour pouvoir souvent passer du temps avec mon copain. C’est sûrement mon énorme manque de temps qui a provoqué ça.

D’un jour à l’autre j’ai cessé toute activité. Durant trois ans j’ai dormi sans une seule interruption.

J’ai pris le temps de me reposer, on a pris soin de mon corps nourri par perfusion. J’ai appris plus tard que l’on me veillait tout le temps. Lorsque je me suis endormie un jour comme tant d’autre, personne n’aurait pu prévoir ce qui allait se passer. Etant toujours en vie mes fonctions vitales n’ont pas cessé de marcher, au ralenti, certes, mais elles fonctionnaient, ce qui présageait un retour à la conscience. Mon corps a évolué sans que je vieillisse Je suis donc désormais bien différente. J’ai grandi, maigri, mes cheveux ont poussé au point qu’ils m’arrivent au bas du dos, mes ongles aussi ont poussé, et heureusement que mes parents prenaient soin de les couper. Ces changements sont déjà énormes mais ce n’est pas tout : depuis ma plus tendre enfance j’étais atteinte d’une sévère myopie qui m’obligeait à porter des lunettes, désormais je n’en ai plus besoin, j’ai une excellente vue. Et encore, durant ces trois années mes neurones ont continué à se développer, et n’en perdant aucun, je possède d’étonnantes capacités mentales. J’ai pris la grosse tête sans rien faire pendant trois ans.

Maintenant que je vous ai relaté les principaux changements survenus durant mes trois années de sommeil, je vais vous dire comment s’est passé mon réveil.

Je me suis réveillée un jour sans signes avant-coureurs pouvant avertir qui que ce soit de mon retour à la réalité. Par conséquent, lorsque j’ai ouvert les yeux, personne n’était là pour se réjouir de mon réveil. Il me fallut plusieurs minutes pour remettre mes idées en place. Après cela je me suis levée et mis en quête de vêtements plus corrects qu’une simple chemise de nuit d’été. C’est là que je constatais les changements physiques survenus. L’incrédulité laisse rapidement place à la joie. Une fois habillée, coiffée et maquillée je trouvais mon portable à sa place. Lorsque je l’allumais, je découvris des tonnes de messages de mes amis et même de parfaits inconnus me disant qu’ils espéraient mon réveil de tout cœur. J’en fus profondément émue. Tout ces gens m’avaient adressé tant de tendresse dans leurs messages. Il ne faut pas sous-estimer le pouvoir de quelques mots. J’ai pleuré et j’ai continué à pleurer car d’autres messages m’attendaient sur l’ordinateur et là des gens du monde entier ou presque m’avaient communiqué un petit mot gentil. La première chose que je fis au vu et su de tout le monde fut de poster un message sur le net « l’endormie ne dors plus, je me suis réveillée ». Je fis de même par portable à mes proches et mes amis. Je n’eu pas à attendre la réponse de mon copain. Quelques instants plus tard, je recevais une réponse de mon copain : Je peux venir te voir ? Ce à quoi je lui répondis : Non je viens chez toi, je me suis reposée pendant trois ans, je peux bien faire trois cents mètre sans problème. Mais les médias en avaient décidé autrement, car à peine la porte d’entrée ouverte, je me suis retrouvée entourée de journalistes. Ils avaient tous vu le message que j’avais laissé sur le net et voulaient avoir le privilège de me questionner en premier. C’est notamment pour ça que je suis ici aujourd’hui, sur ce plateau télé, à vous relater mon étrange aventure.